Équipe Rouault-Pierre
Intégration du stress dans les cellules souches hématopoïétiques normales et malignesEn apprendre plus sur l'équipe
Les syndromes myélodysplasiques (SMD) de bas risque constituent un besoin clinique majeur et persistant. Les patients présentent fréquemment des cytopénies chroniques, souvent transfusion-dépendantes pendant de nombreuses années, avec peu d’options thérapeutiques capables de modifier durablement l’évolution de la maladie. Les approches véritablement fondées sur les mécanismes biologiques restent limitées.
Un trait biologique central des SMD de bas risque est la forte prévalence (>50 %) de mutations affectant des facteurs essentiels de l’épissage de l’ARN, notamment SF3B1, SRSF2, U2AF1 et ZRSR2. Ces mutations surviennent précocement au cours de l’évolution clonale et façonnent profondément la biologie de la maladie ainsi que ses manifestations cliniques.
Les altérations de l’épissage induisent la production de milliers de transcrits aberrants, soit éliminés par la dégradation médiée par les codons stop prématurés (NMD), soit traduits en protéines tronquées ou dysfonctionnelles. Cette production chronique impose un stress durable sur les voies de contrôle de la qualité de l’ARN et des protéines. Le laboratoire a contribué à la caractérisation de ce paysage pathologique et a récemment démontré que l’épissage aberrant de la coenzyme A synthase (COASY) constitue un déterminant direct de l’érythropoïèse inefficace dans les SMD porteurs de mutations de SF3B1. De manière remarquable, ce défaut est réversible par une intervention métabolique ciblée utilisant la vitamine B5 ou le succinyl-CoA.
Sur la base de ces résultats, le programme de recherche du laboratoire vise à identifier et exploiter les vulnérabilités induites par la dérégulation de l’épissage afin de développer des stratégies thérapeutiques de précision pour les patients atteints de SMD.
Axes explorés
Axe 1 : Épissages aberrants : du mécanisme moléculaire à la thérapie de précision
Dans ce programme, nous visons à identifier et caractériser les événements d’épissage aberrant qui constituent des moteurs fonctionnels des syndromes myélodysplasiques (SMD), en particulier dans les cellules souches et progénitrices hématopoïétiques. En nous appuyant sur des profils d’épissage générés à partir de cellules primaires de patients porteurs de mutations de SF3B1 ou SRSF2, nous avons identifié plusieurs centaines d’isoformes spécifiquement aberrantes, absentes des cellules hématopoïétiques normales. À partir de ces signatures humaines, nous développons un criblage ciblé de gènes mal épissés dans les SMD afin d’identifier de nouveaux régulateurs clés de l’auto-renouvellement, de la différenciation et de la prolifération des cellules souches hématopoïétiques. Les candidats les plus pertinents sont ensuite validés fonctionnellement dans des modèles cellulaires humains, des xénogreffes dérivées de patients et des modèles murins conditionnels. Cette approche intégrée permet de relier des altérations spécifiques de l’épissage à des vulnérabilités biologiques exploitables et d’ouvrir la voie à des stratégies thérapeutiques de précision fondées sur des mécanismes directement dérivés des cellules de patients.
Axe 2 : Protéostasie et adaptation au stress dans les cellules souches normales et malignes. PI KRP
L’épissage aberrant dans les SMD entraîne une production continue de transcrits et de protéines anormales, générant une charge protéotoxique chronique. Toutefois, les mécanismes par lesquels les cellules souches hématopoïétiques porteuses de mutations de l’épissage tolèrent et s’adaptent à ce stress restent encore mal compris. Ce programme étudie comment les réseaux de protéostasie sont remodelés dans les cellules souches hématopoïétiques normales et mutées. En s’appuyant sur des travaux antérieurs concernant la sensibilité des cellules souches et progénitrices hématopoïétiques au stress du réticulum endoplasmique, il intègre des analyses d’épissage de l’ARN et des approches fonctionnelles dans des cellules humaines primaires. Cette approche permet d’identifier des voies d’adaptation au stress spécifiquement requises par les clones mutés, tout en restant dispensables pour les cellules souches normales. Elle définit ainsi des vulnérabilités de protéostasie exploitables sur le plan thérapeutique et fournit un cadre mécanistique pour comprendre l’hétérogénéité inter-patients de l’évolution de la maladie et des réponses aux traitements.
Axe 3 : Surcharge protéotoxique et létalité synthétique dans les SMD. PI KRP
Ce programme explore comment la charge élevée de transcrits sensibles à la dégradation médiée par les codons stop prématurés dans les SMD porteurs de mutations de l’épissage peut être exploitée pour induire des situations de létalité synthétique. Il s’appuie sur l’observation que la modulation de la traduction de ces transcrits aberrants accentue le stress protéotoxique et perturbe l’équilibre des systèmes de contrôle de la qualité des protéines dans les cellules mutées. En combinant des approches fonctionnelles et des analyses génomiques intégrées dans des modèles myéloïdes mutés et non mutés, ce programme vise à identifier des dépendances moléculaires spécifiques qui émergent dans des contextes de stress protéique exacerbé. Ces travaux permettent de définir des vulnérabilités sélectives des clones porteurs d’altérations de l’épissage, tout en préservant les cellules normales. À terme, cet axe fournit un cadre rationnel pour le développement de stratégies thérapeutiques combinatoires ciblant préférentiellement les cellules mutées et soutient l’émergence de nouvelles approches précliniques dans les SMD et d’autres pathologies associées à des mutations des facteurs de l’épissage.
Membres de l'équipe
Alumnis de l'équipe
Pramiksha Bagale
Technicienne
Beatriz Galvao
Technicienne
Sophie Louise Katsiavriades
Technicienne
Pantelitsa Protopapa
Technicienne
Evens Bousiquot
Technicien
Wei Wei Tang
Doctorante
Doriana Di Bella
Doctorante
Faika Laz Banti
Doctorante
Fadimana Kaya
Doctorante
Celine Philippe
Post-doctorante
Publications
2025 Haematologica
Succinyl-coenzyme A: a key metabolite and succinyl group donor in erythropoiesis
Kevin Rouault-Pierre

